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Le roman des maisons closes

30 nov

Si vous êtes en quête de témoignagnes indiscrets, coquins, ou de détails à caractère pornographiques, je vous le dis tout de go : ce livre n’est pas celui qu’il vous faut.

Raconté par une narratrice omnisciente (en fait la flamme vascillante d’une lanterne rouge, symbole des maisons closes), le romans des maisons closes, dont la 4ème de couverture nous promet d’”entrer à pas feutrés” dans les coulisses, n’a de roman que le titre et le procédé narratif. En l’occurence, il s’agit plus d’une succession de chapitres passant en revue, de façon chronologique et néanmoins anecdotique, l’histoire des maisons closes, depuis la Grèce Antique, la Rome Antique (sous le nom de lupanar du latin lupa = louve), en passant par l’âge d’or des établissements dans la France de l’entre-deux guerres (certains établissements comme Le Sphinx ou le One Two Two sont le rendez-vous du tout-Paris mondain et artistique, femmes y compris),  jusqu’à leur fermeture en 1946, suite au combat de Marthe Richard, ancienne prostituée. Au passage, on vous donne une idée des tarifs pratiqués et une liste en fin de livre vous apprend tous les termes servant à désigner les maisons closes, leurs tenancières et les filles. Bref, cet ouvrage qui se voulait indiscret, témoignage d’une réalité plus ou moins sordide, ne va pas au bout de ses intentions, il en dit trop ou pas assez. Sans tomber dans un voyeurisme malsain, la pudibonderie des auteurs se refusant à traiter de l’aspect sexuel, à appeler un chat un chat (sans mauvais jeu de mots) me semble totalement antinomique avec le sujet de l’ouvrage et son but proclamé de nous “dire tout”. On peut déplorer notamment que la parole n’ait pas été assez donnée aux premières concernées : les “filles” elles-même. Quant au style (mauvais), trop froid, trop factuel, trop journalistique, il ne laisse place à aucune empathie. De fait, et contrairement au titre de l’ouvrage, le lecteur reste en retrait, sans saisir l’ambiance des lieux et de l’esprit des acteurs.

De même, le distinguo entre les sordides bordels de Province, où les filles font des passes à la chaîne (jusqu’à une cinquantaine par jour!) dans des conditions innomables, et les maisons “select” des grandes villes  n’est pas assez prononcé. Si les premiers nous renseignent sur la situation plus que précaire de la femme non mariée issue des basses couches de la société, au point de n’avoir pas d’autre issue que de marchander leur corps dans des conditions psychologiques, sanitaires et financières misérables (des filles enlevées puis revendues aux mères maquerelles se retrouvant prisonnières de ces affreux bordels où elle enchaineront les passes pour rembourser la tenancière), on ne saura rien de ce qui motive celles qui “officient” dans les maisons plus raffinées.

Nonobstant ces quelques points négatifs, cet ouvrage remplit son but purement informatif et, même s’il ne se positionne pas, ne peut empêcher le lecteur de se poser lui-même la question du bienfondé de la fermeture des maisons de tolérance.

Le Roman des Maisons Closes, Nicolas Charbonneau et Laurent Guimier, Editions du Rocher, 2010.

Pour aller plus loin :

Maisons closes parisiennes – Architectures immorales des années 1930, de Paul Teyssier, Editions Parigramme, 2010.

Exposition permanente au Musée de l’érotisme de Paris.

150 ans de presse féminine

4 mar
Nos kiosques à journaux regorgent de magazines féminins et de nouveaux titres viennent régulièrement grossir les rangs. On pourrait penser que cette surabondance est un phénomène qui fait écho à notre mode actuel de consommation et pourtant il n’en est rien. La presse féminine n’a pas attendu l’arrivée du prêt à porter, dans les années 50, ni l’émergence de la consommation “kleenex” (les modes sont de plus en plus éphémères), pour connaitre son essor.
En effet, si les premières revues de mode datant de la fin du 18ème siècle n’étaient encore réservées qu’à un public restreint, la modernisation qui accompagne le 19ème siècle (la machine à coudre qui facilite la confection bien sûr mais également l’ouverture des “grands magasins” qui rendent les achats plus aisés en proposant un vaste choix de produits), permet une démocratisation de la mode et offre aux patrons de presse un large public en demande. Ainsi, entre 1871 et 1908, on ne compte pas moins de 180 périodiques de mode!
Evidemment, bien trop de titres pour les citer tous, mais retenons en quelques uns, par ordre de parution :
LE MONITEUR DE LA MODE 1843-1913
LA MODE ILLUSTREE 1860
LE PETIT ECHO DE LA MODE 1880-1983
L ART DE LA MODE 1881-1972
LA MODE PRATIQUE 1892
LA GAZETTE DU BON TON 1912-1925
VOGUE 1921
MARIE CLAIRE 1937
ELLE 1945
Qu’on ne s’étonne pas pour autant d’une telle abondance : à une époque où la presse est le seul média existant, où les déplacements sont réduits à un faible périmètre (l’automobile n’a pas encore été inventée), et où le prêt à porter n’existe pas encore, la seule façon pour la femme élégante voulant se tenir au courant des dernières modes et trouver des modèles pour confectionner ses robes est de s’abonner à ces périodiques. Ainsi, le célèbre Petit Echo de la Mode, crée en 1880, tire déjà à 100.000 exemplaires en 1887 et, suite à l’ajout d’un patron, passe la barre des 200.000, puis celle des 300.000 en 1900 pour enfin atteindre le million d’exemplaires en 1950.
Pour autant, ces journaux féminins ne se résument pas seulement à des tendances mode et autres patrons de couture. En plus de romans feuilleton, ils offrent également des rubriques de divertissements, des conseils en art de vivre, éducation des enfants, décoration, et même hygiéniques. En cela, ils constituent d’intéressants témoignages colorés d’une époque désormais révolue et peuvent se lire, aujourd’hui, comme une véritable étude socio-historique.
Certains titres sont de véritables ouvrages de luxe axés sur la vie culturelle, littéraire le plus souvent, et offrant de magnifiques gravures ou illustrations (Raoul Duffy pour La Gazette du Bon Ton) et des textes (Cocteau, toujours pour La Gazette du Bon Ton). Il n’est pas rare de voir des grands noms de la littérature française associés à certaines revues (Edmond de Goncourt pour l’Art de la Mode). L’usage de la photographie, dans les années 20, soutenu par la crise financière, marquera la fin de ces grands journaux esthétiques.
La fin de la seconde guerre mondiale voit la naissance d’un nouveau titre : Elle, dont le premier numéro parait en 1946. Dans cette France qui se relève, les femmes entendent bien désomais jouer un nouveau rôle. La confection cède peu à peu la place au prêt à porter. Les magazines féminins se doivent d’évoluer pour accompagner ces changements, n’être plus simplement le reflet de la mode, mais bien le reflet de la femme moderne…

Photos : Chapitre.com

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Grands magasins : les cathédrales du XIXème siècle

13 fév
© Crédit photo : Jean Lacombe / document Kawneer

Difficile pour nous qui évoluons aujourd’hui dans une société de surconsommation, de gaspillage même, où le moindre achat est à portée d’un simple clic sur le clavier d’un ordinateur, d’imaginer le changement qu’a pu représenter l’arrivée des Grands Magasins. Apparus en France dans la moitié du XIXème siècle, dans un climat de prospérité économique, industrielle et technologiques, les Grands Magasins marquent le début d’une nouvelle ère : celle de la grande consommation telle qu’on peut la connaître aujourd’hui. Zola, dont le roman Au Bonheur des Dames (1883) fut directement inspiré par les grands magasins parisiens de l’époque, les qualifia de “cathédrales du commerce”.

En effet, ces temples de la consommation, à la différence des petits commerces habituels, ont l’avantage de présenter aux clientes, réunis sur une très grandes surfaces en accès libre, à prix affichés fixes et à marge réduite, une large gamme d’articles divers, de l’habillement jusqu’aux meubles en passant par l’alimentation. Ils proposent également la nouveauté de pouvoir commander sur catalogue.

Les premiers grands magasins français voient le jour à Paris avec le célèbre Au Bon Marché d’Aristide Boucicaut, en 1852, suivi par Les Grands Magasins du Louvre, en 1855. S’ajouteront rapidement notamment les grands magasins du Printemps (1865), La Samaritaine (1869), Le Bazar de l’Hotel de Ville (BHV), et les Galeries Lafayette (1908).

L’architecture des bâtiments de ces grandes enseignes, encore présentes aujourd’hui pour certaines, sont de magnifiques témoignages d’une époque faste emprunte de progrès, d’insouciance, marquée notamment par les expositions universelles mais aussi du grand projet de rénovation et de transformation du plan de Paris, sous la direction du grand Baron HAUSSMANN.
A lire absolument si le sujet vous intéresse, Au Bonheur des Dames d’Emile Zola. Des coulisses des grands magasins au quotidien des ouvrière, en passant par la vie mondaine des riches clientes, c’est tout un monde que vous découvrirez dans ce roman agréable à lire.
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